Guide des bonnes pratiques : Applications du Code de déontologie des journalistes maghrébins

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Ce « Guide des bonnes pratiques » explicite, l’un après l’autre, chacun des quinze « Devoirs du journaliste » énoncés dans le Code de déontologie des journalistes maghrébins. Conçu comme un outil pédagogique, il combine, pour chacun de ces articles, l’action de deux procédés : la « pédagogie du coup de marteau » et la « pédagogie de l’auto-discipline ». La « pédagogie du coup de marteau », c’est : « enfonce-toi bien çà dans le crâne »… La « pédagogie de l’auto-discipline, c’est : « je suis un bon journaliste, donc je suis irréprochable »…

Ce « Guide des bonnes pratiques » explicite aussi, l’un après l’autre, chacun des  quatre « Droits du journaliste » énoncés dans le Code de déontologie des journalistes maghrébins. Car il va de soi que, dans une entreprise de presse au service du droit à l’information, le respect des principes déontologiques s’impose à tout le monde.

Les « Deux propositions d’amendement » et le « Canevas de charte » ponctuant ce Guide traduisent, à ce sujet,  des revendications et préoccupations exprimées, tant en Algérie qu’en Tunisie, par certains journalistes maghrébins qui les ont confiées à nos experts « pour transmission.

 

 

DEVOIRS DU JOURNALISTE

 

1/ Le respect des faits est le premier des devoirs du journaliste professionnel parce que l’exactitude de l’information transmise est la première garantie d’honnêteté donnée au public. Mais respecter les faits, ce n’est pas simplement les relater avec exactitude. C’est aussi les décrire dans leur enchaînement, les situer dans leur contexte, essayer d’en expliquer les causes, au besoin les exposer dans leur cohérence. Cela implique que l’observation des faits soit active et non passive. Exposés sans discernement, hors contexte ou sous le coup d’une émotion, certains faits peuvent mentir s’ils ne constituent qu’un fragment de vérité. Voilà pourquoi le journaliste professionnel s’impose comme  règle fondamentale, en toute circonstance, de rester extérieur aux faits et aux événements qu’il observe ou analyse pour renseigner les autres.

 

Je garde mes distances vis-à-vis des apparences mais aussi vis-à-vis de toutes les émotions : les miennes comme celles des autres. Je respecte les faits en les observant avec prudence. Je respecte les témoignages, en les rapportant sans les dénaturer, mais je prends la précaution de ne pas les valider. Je respecte les opinions, en les relayant sans les altérer, même si elles ne me plaisent pas, mais je le fais sans les épouser pour ne pas donner l’impression que je les cautionne.

 

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2/ L’origine de l’information transmise doit être contrôlée parce que le journaliste est responsable de sa diffusion même s’il ne fait que la relayer. C’est la fiabilité de la source qui garantit l’authenticité de l’information. Le journaliste professionnel se fait donc un devoir de préciser quelle est la source de son information chaque fois que cette précision constitue un élément important de l’information. Sauf, bien entendu, si cette précision risque de causer un préjudice à la source.  En cas de doute, le journaliste fait toujours prévaloir l’intérêt public sur les intérêts particuliers. Seul le service de l’intérêt public peut justifier la dissimulation de l’état de journaliste.

 

Je ne suis ni un policier ni un juge. Mes moyens d’investigation sont limités, je le sais et l’accepte. J’agis à visage découvert. Je ne dissimule mon état de journaliste, ou n’use de subterfuge, que si ma recherche de la vérité se heurte à une volonté d’obstruction manifeste. J’oppose alors la transparence aux camouflages. Je demande par courrier des explications aux responsables de l’obstruction ; j’expose mes difficultés au public ; je tiens l’agenda de mes recherches ; j’archive les preuves de ma bonne foi. J’évite, toutefois, que la recherche de la vérité devienne une obsession personnelle. Car l’envie de détenir la vérité comporte parfois le risque de la déformer soi-même si, une fois découverte, elle ne correspond pas exactement à l’idée que l’on s’en faisait.

 

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3/ La rectification des erreurs factuelles est un impératif et le droit de réponse un droit fondamental. Partout où il bénéficie du privilège de pouvoir faire son métier de « diseur de vérités » en toute liberté, le journaliste ne se prive jamais de demander des comptes aux autres : aux gouvernants, aux élus, aux pouvoirs publics, aux administrations, aux organisations, aux associations, aux entreprises, aux clubs, etc. En contrepartie, il est naturel, et même sain, qu’il rende compte aux autres de ses écrits et de ses pratiques professionnelles. Le rectificatif obligatoire et le respect absolu du droit de réponse font partie des règles intangibles de tous les journaux de bonne foi.

 

J’assume le contenu de ma production rédactionnelle. S’il m’arrive de me tromper – cela arrive à tous les journalistes et les journaux qui ne publient aucun rectificatif ne sont pas des journaux honnêtes- je porte spontanément la correction de mon erreur à la connaissance de mes lecteurs. Si l’un de mes lecteurs s’estime mis en cause par l’un de mes écrits, je lui reconnais volontiers le droit de me répondre dans les colonnes de mon journal, quelle que soit la législation en la matière. Si sa réponse me paraît inappropriée par sa longueur, son contenu, ou son ton, j’en discute avec lui en rappelant, au besoin, que le fait d’avoir été mis en cause  de façon excessive ne donne pas le droit de mettre en cause, à son tour, de façon excessive. Mais je ne fais jamais obstacle à la publication d’un droit de réponse parce que ce droit est le plus sacré de tous les droits du lecteur. J’encourage même le public à exprimer ses critiques vis-à-vis des médias.

 

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4/ La séparation des faits et des commentaires est le meilleur moyen de prouver son honnêteté intellectuelle parce que c’est la meilleure façon de s’interdire toute confusion des genres. Les récits les plus factuels ne sont pas à l’abri du mélange des genres. Il suffit d’un mot pour orienter le jugement du lecteur vers une interprétation particulière. Ecrire « le général César… »  ou « le tyran César… »,  ce n’est pas écrire la même chose. Dire que César est un général, c’est énoncer un fait objectif ; le taxer de tyrannie, c’est formuler un jugement. La façon la plus claire de garantir au lecteur l’honnêteté de l’information est de séparer, physiquement et visuellement, le traitement des faits et l’expression du commentaire.

 

Le lecteur ne me demande pas de lui dire quoi penser mais de lui fournir les éléments d’information et d’analyse qui lui permettront de se faire sa propre opinion. Quand je lui fournis des renseignements, ou des explications, je prends soin d’utiliser les mots justes car le choix des mots n’est pas neutre. Le mot juste, c’est un mot sans arrière-pensée. Je m’interdis les commentaires camouflés. Quand je lui expose mon point de vue personnel, je veille à bien distinguer mon commentaire de mon récit ou de mon analyse. J’opère cette distinction en séparant mon traitement des faits de mon commentaire. Je le fais matériellement, en rédigeant deux articles, l’un consacré aux faits, l’autre les commentant. Je le fais visuellement, en utilisant pour ces deux articles, des polices et des forces de caractère  typographiquement différentes. Dans la mise en page, je donne toujours la priorité aux faits en leur consacrant le titre principal ; je réserve à mon commentaire un titre annexe.

 

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5/ Le bon usage des sources d’information exige des précautions et des procédures analogues à celles qui permettent l’identification des faits. Entre le journaliste et sa source, quelle qu’elle soit, il y a toujours un rapport de forces. Il y a un « dominant » -celui qui donne le renseignement- et un « dominé » -celui qui a besoin du renseignement. D’un côté, l’offre ; de l’autre, la demande. La gestion de ce rapport de forces réclame du doigté et du savoir-faire. Il y a toujours, chez une source, l’envie de retirer un profit –personnel ou professionnel- de la fourniture du renseignement; il y a toujours, pour le journaliste, le risque d’être manipulé. La marge de manœuvre est étroite mais elle existe. C’est une question de conscience. Il y a un point d’équilibre à trouver.

 

J’ai besoin de sources fiables pour faire mon travail correctement. Mon carnet d’adresses répertorie les quatre sortes de sources qui me sont indispensables.

Mes sources institutionnelles : ce sont toutes les sources détentrices d’une autorité publique (gouvernement, ministères, assemblées parlementaires, administrations, etc.).

Mes sources intermédiaires : ce sont toutes les sources détentrices d’une légitimité sociale (associations, organisations professionnelles, partis politiques, syndicats, etc.).

Mes sources personnelles : ce sont les sources privées, discrètes, voire secrètes dont je bénéficie, à l’intérieur des cercles de pouvoirs et des cercles professionnels, en gagnant la confiance d’interlocuteurs en possession d’informations ignorées ou occultées. Je n’en révèle l’identité à personne pour les protéger mais je suis responsable de leurs apports.

Mes sources occasionnelles : ce sont les sources spontanées, les témoignages proposés ou sollicités au hasard des circonstances. Responsable des apports de mes sources, je leur applique les procédures de vérification et d’authentification habituelles. Je me méfie de celles qui disent trop facilement des choses qu’on a envie d’entendre. Je ne suis jamais dupe des arrière-pensées de mes sources familières. En cas de dilemme, je considère qu’une source qui se fâche, c’est moins grave qu’un lecteur abusé.

 

***

 

6/ La protection des sources est pour le journaliste un devoir professionnel plus impérieux que le respect de n’importe quelle loi. L’intérêt public la justifie chaque fois qu’un informateur n’accepte de se confier à un journaliste qu’à la condition expresse que les informations publiées seront traitées de telle sorte que leur source ne pourra pas être identifiée. Il s’agit parfois, pour la source, d’une question vitale.

 

Je ne révèle l’identité de mes sources à personne, même pas à ma hiérarchie professionnelle. Je m’impose de protéger mes sources, et l’origine de leurs informations, si ces sources me l’ont demandé, ou si je crains de les mettre en danger en révélant certaines choses permettant de les identifier. Seul le consentement de mes sources peut me délier de mes engagements de confidentialité. Je ne m’en délie seul qu’en cas de situation extrême, par exemple si le maintien du secret peut avoir des conséquences dramatiques pour des tiers ou pour le public.    

 

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7/ Le plagiat est une malhonnêteté qui consiste  à reproduire un texte, dans son intégralité ou en partie, en se l’appropriant ou sans en citer l’auteur. C’est une faute professionnelle impardonnable parce que c’est le comble de la déloyauté vis-à-vis de ses lecteurs et de l’auteur ainsi pillé.

 

Non seulement je m’interdis tout plagiat mais, chaque fois que, dans mes propres textes, j’utilise ou évoque les écrits d’autres auteurs, je précise aux lecteurs quelles sont mes sources.

 

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8/ Le respect de la dignité de la personne et de la présomption d’innocence, garantis par la Constitution de la République tunisienne, de même que le respect de la vie privée, font partie des normes du journalisme professionnel. Si l’intérêt public peut, parfois, justifier certaines intrusions dans la vie privée cette possibilité reste soumise à des conditions très strictes qui n’autorisent, en aucun cas, la violation des droits des individus.

 

Le respect de la dignité humaine m’oblige à faire preuve de retenue dans le traitement des sujets impliquant les gens ordinaires, et à faire la part des choses entre le droit à l’information du public et les droits de l’individu.

 

Le respect de la présomption d’innocence ne souffre, à mes yeux, aucune exception. Je n’oublie jamais que toute personne impliquée dans une « affaire », qu’il s’agisse d’une personne privée ou publique, a le droit à la protection de son honneur et de sa personnalité même si elle est considérée comme suspecte par une autorité habilitée à la juger.  En toute hypothèse, je m’interdis de publier quoi que ce soit à son sujet avant d’avoir recueilli ou sollicité son point de vue. En cas de refus de sa part, ou de son représentant, j’en informe mes lecteurs.

 

Le respect de la vie privée ne souffre, à mes yeux, que deux exceptions : quand les personnalités publiques exposent elles-mêmes leur vie privée  en public et quand la vie privée des personnalités publiques à des incidences sur la vie publique.

 

En aucun cas, toutefois, je ne confonds l’intérêt général avec la curiosité du public. Je refuse de céder aux curiosités morbides sur les détails des vices et des crimes.

 

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9/ La protection des mineurs et des personnes vulnérables nécessite une attention particulière.

 

Je veille à la protection des mineurs, dans la relation des faits, en renonçant à tout sensationnalisme dans la présentation de la violence et de la brutalité. J’y veille aussi, dans le traitement des faits divers, même lorsque la loi ne l’interdit pas, en m’abstenant de donner l’identité d’enfants mêlés à des affaires de mœurs, qu’ils soient victimes, témoins ou accusés. Je m’interdis d’interroger des enfants ou de publier leurs photos sans le consentement de leurs parents.

Je suis particulièrement attentif aux droits des personnes peu familiarisées avec les médias et des personnes en situation fragile, comme les mineurs, les victimes de violence, d’accidents, d’attentats, etc. ainsi que leurs proches.

 Face à des situations de détresse, j’agis avec sympathie, discrétion, décence. Je ne donne pas l’identité des victimes d’agressions sexuelles. Je n’interviens pas, sans autorisation, dans les hôpitaux ou les établissements similaires.

 

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10/ Le respect des cultes et des croyances, garanti par la Constitution de la République tunisienne, est  la condition sine qua non de la paix civile. Le journalisme professionnel y contribue en défendant les valeurs de l’humanisme, en favorisant les expressions pluralistes, en prônant la tolérance qui consiste à laisser chacun(e) libre de penser, croire et vivre comme il (elle) l’entend tant que cette manière de penser, croire et vivre ne prétend pas s’imposer aux autres.

 

Quelles que soient mes croyances ou mes convictions personnelles, je ne traite des questions religieuses qu’avec une extrême prudence. Je m’interdis notamment toute publication – par le texte, l’image ou le dessin – susceptible de porter atteinte aux sentiments moraux ou religieux de mes concitoyens, quelles que soient leurs propres croyances ou convictions.

 

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11/ La non incitation à la violence et à la haine raciale, ethnique et religieuse constitue une obligation morale pour le journaliste conscient de sa responsabilité sociale.  Personne ne doit être discriminé en raison de son sexe, de son aspect, de ses origines, de la couleur de sa peau, de sa religion, de ses croyances, de son inclination sexuelle, de ses handicaps physiques ou mentaux, de son appartenance à un groupe ethnique, religieux, social ou national. Toute indication de nature à renforcer les préjugés est bannie des productions journalistiques.

 

Je place très haut, en la matière, mon degré personnel d’exigence. Je proscris de mes propos et de mes écrits toutes les indications et toutes les allusions discriminatoires. Y compris dans les écrits les plus ordinaires. Dans le traitement des faits-divers, par exemple, je m’interdis toute connotation parce que les connotations dénaturent les faits. Je n’écrirai jamais : « Un  chauffard de type européen... » ou « Un chauffard de type asiatique… ». J’écrirai : « Un chauffard… » tout court, parce que ni le « type », ni les apparences, ni les origines d’un conducteur de voiture ne déterminent son comportement au volant. Si certaines précisions sont indispensables à la compréhension d’une information je les mentionne en prenant soin d’expliquer aux lecteurs en quoi elles sont nécessaires.

 

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12/ Journalisme et publicité cohabitent mais font chambre à part. Le journaliste étant socialement responsable de fournir  au public des informations vraies et indépendantes, il doit être à l’abri de toute influence publicitaire et de toute propagande. Cette obligation lui confère le droit de refuser toute pression publicitaire sur les contenus informatifs. Garants du respect de cette règle, les  rédacteurs en chef et leurs délégués doivent faire en sorte, dans l’organisation de la mise en page, que les lecteurs perçoivent, sans effort, une différence visuelle évidente entre les contenus journalistiques et les contenus publicitaires.

 

Je ne méconnais pas les bienfaits de la publicité. Je ne remets donc pas en cause sa présence dans les médias. J’accepte même de participer à des opérations publicitaires ou promotionnelles en faveur de mon propre média à condition que cette participation soit clairement distincte de mes tâches d’information. J’accepte aussi de participer à des contenus journalistiques soutenus  pas des annonceurs, sous la responsabilité éditoriale de ma hiérarchie, à la double condition de ne pas y être contraint et que ces contenus ne subissent aucune ingérence extérieure. Mais l’intérêt du public m’oblige à éviter tout risque de confusion entre ma démarche journalistique et les démarches publicitaires. Ma crédibilité professionnelle en dépend. En conséquence, je ne prête pas ma collaboration à des opérations publicitaires commerciales et nul ne saurait m’y contraindre.

 

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13/ La question des incompatibilités et des conflits d’intérêts est tranchée par la règle de droit selon laquelle nul ne peut être à la fois juge et partie. Il est inconcevable que le journaliste digne de ce  nom puisse servir à la fois l’intérêt général et des intérêts particuliers. Le journalisme économique et financier étant particulièrement exposé, une vigilance particulière s’impose dans ce domaine.

 

Je me montre, sur ce point, intransigeant.  Je m’abstiens de traiter les sujets présentant pour moi un intérêt personnel. Je ne couvre pas les domaines d’activités dans lesquels des membres de ma famille ou des proches occupent des fonctions d’autorité. Je n’utilise pas à mon profit, ou au profit de proches ou d’amis, les informations dont je bénéficie. Je n’achète pas d’actions de sociétés dont je suis les activités. Etc. Je fais en sorte, sur ce terrain, d’être irréprochable.

 

***

 

14/ La solidarité entre confrères est préférable aux bisbilles mais il ne faut pas confondre confraternité et corporatisme, communauté de travail et caste.

 

Je fais preuve de loyauté vis-à-vis de mes confrères mais je ne renonce pas pour autant à ma liberté d’expression, d’information, d’investigation, de commentaire, voire de critique à l’égard de leurs pratiques professionnelles si celles-ci se révèlent contraires aux règles déontologiques de notre métier. Je leur reconnais naturellement le droit d’en faire de même, le cas échéant, à mon endroit.

  

 

DROITS DU JOURNALISTE

 

 1/ Le libre accès aux sources est l’une des conditions sine qua non de la liberté d’informer. En démocratie, le journaliste a le droit d’enquêter sans entraves sur tous les faits d’intérêt public. Le secret des affaires publiques ou privées ne peut lui être opposé que par exception et en vertu de motifs clairement exprimés. Les entreprises privées n’échappent pas au domaine de la recherche journalistique lorsque leur poids économique et/ou leur rôle social en font des acteurs importants. Cela implique, en démocratie, le devoir pour les pouvoirs publics de communiquer très largement toutes les informations dont ils disposent et de n’exercer aucune censure directe ou indirecte.

 

 

2/ La clause de conscience est un privilège. Le journaliste en bénéficie parce qu’il est au service du droit des gens à l’information. C’est le bouclier dont il dispose pour garantir à ses lecteurs qu’il accomplir sa mission d’intérêt public à l’abri de toute pression contraire aux règles déontologiques de sa profession. En démocratie, le journaliste ne peut être contraint à accomplir un acte professionnel ou à exprimer une opinion contraire à sa conviction ou à sa conscience, et il ne doit encourir aucun préjudice du fait de son refus.

 

 

3/ La protection du journaliste se justifie par  son statut social de « diseur de vérités » au service des autres. Elle commence à l’intérieur même du cadre professionnel où il exerce : il a d’abord besoin de la protection de sa propre hiérarchie contre toutes les réactions des pouvoirs que sa liberté peut déranger. Mais il a aussi besoin d’une protection juridique et légale contre les menaces, les injures ou les diffamations dont il peut être l’objet dans l’exercice de sa fonction.

 

 

4/ Le fait de disposer d’un contrat de travail et d’une rémunération « qui garantisse son indépendance économique » permet au journaliste de travailler en toute sérénité et au service exclusif du titre qui l’emploie. C’est autant l’intérêt de son employeur que son intérêt personnel.

 

 

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DEUX PROPOSITIONS d’AMENDEMENT

 

 

1/ Proposition d’Article 20

 

Exposé des motifs

 

La déontologie, c’est un combat de tous les jours. C’est la vigilance des chefs de service, des rédacteurs en chef, de tous les responsables de rédaction qui constitue la meilleure garantie contre le risque de dérive, donc de contentieux. Mais la déontologie, c’est surtout l’affaire de tous. Le meilleur moyen d’assurer cette vigilance à l’intérieur d’une Rédaction est d’y instituer, selon certains interlocuteurs de nos experts, une « veille déontologique » au jour le jour. D’où, à toutes fins utiles, la proposition d’amendement suivante :

 

Amendement proposé :

 

Article 20- « Dans toute entreprise de presse la Rédaction a le droit de désigner, par élection ou consensus, deux délégués à la déontologie. Ces délégués  assisteront à toutes les réunions de direction pour faire valoir le point de vue des journalistes en matière de déontologie. Ils animeront une cellule de réflexion  associant direction et rédaction, qu’ils réuniront à intervalles réguliers, ou au cas par cas, selon les exigences de l’actualité, pour faire en sorte que les contenus réactionnelles intègrent le respect des bonnes pratiques et que la préoccupation déontologique devienne un réflexe individuel et collectif ».

 

(Texte inspiré par l’histoire du magazine français « L’Express », dont la Rédaction, à sa fondation, était représentée, au Conseil d’administration de la société éditrice, par deux « délégués à la déontologie »). 

 

 

2/ Proposition d’Article 21.

 

Exposé des motifs

 

Dans son préambule, le Code de déontologie des journalistes maghrébins souligne, à juste titre, que « l’indépendance du journaliste est une condition essentielle d’une information libre ». Mais, dans son chapitre II, relatif aux « Droits du journaliste », ce même Code n’exprime pas ce « droit à l’indépendance ». Il s’agit là, selon plusieurs des interlocuteurs de nos experts, d’une lacune à combler. D’où, à toutes fins utiles, la proposition d’amendement suivante :

 

Amendement proposé :

 

« 21/ Indépendance rédactionnelle.

« L’information n’est pas une marchandise commerciale mais l’un des droits fondamentaux des citoyens. Elle n’appartient ni aux éditeurs, ni aux propriétaires des entreprises de presse ni aux journalistes qui ne font que servir le droit des peuples à l’information. En conséquence, des critères minimaux d’indépendance rédactionnelle doivent être appliqués dans toutes les entreprises de presse. Ils doivent comporter :

a/ le droit pour la rédaction d’élire un Conseil de rédaction ;

b/ le droit de consultation du Conseil de rédaction pour les décisions qui concernent : la nomination et le licenciement du rédacteur en chef; la définition de la politique rédactionnelle ; la politique du personnel ; les transferts ou les changements d’affectation des journalistes du secteur éditorial.

c/ le droit du Conseil de rédaction d’être entendu sur les sujets ou griefs concernant la politique rédactionnelle. »

 

(Texte reprenant les recommandations de la Fédération internationale des journalistes formulées en mars 1993 à Milan).

  

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CONTRIBUTION A L’ELABORATION EVENTUELLE D’UNE CHARTE D’ETHIQUE ET DE DEONTOLOGIE DES QUOTIDIENS MAGHREBINS

 

 Exposé des motifs

 

 L’indépendance rédactionnelle de la presse privée maghrébine est aujourd’hui garantie par la qualité des relations de confiance qui unissent les propriétaires des principaux titres et les équipes de journalistes dont le travail assure le développement et la notoriété de ces titres. C’est vrai, par exemple, en Tunisie, pour le quotidien « Al Maghreb », comme c’est le cas, en Algérie, pour les quotidiens « El Watan »,  « El Khabar » et « Liberté ». Mais que se passerait-il si, un jour, ces journaux changeaient de propriétaires, ou de ligne éditoriale, sous l’autorité d’une nouvelle hiérarchie ? Comment garantir, dans un tel cas de figure, l’indépendance de la Rédaction ? Comment faire en sorte, dans un tel cas de figure, que les journalistes d’ « Al Maghreb », ou d’« El Watan », ou de « Liberté », ou d’« El Khabar », qui détiennent le capital moral et intellectuel de l’entreprise, en gardent aussi le contrôle rédactionnel.  La question était d’actualité quand nos experts ont séjourné en Algérie au moment où la propriété d’« El Watan » suscitait les convoitises d’une « OPA » hostile. Plusieurs de leurs interlocuteurs ayant sollicité leur conseil nos experts les ont renvoyés aux dispositions aujourd’hui en vigueur au quotidien français « Le Monde », découlant elles-mêmes des recommandations de la Fédération internationale des journalistes visant à garantir l’indépendance rédactionnelle dans toutes les entreprises de presse, publiques ou privées. D’où la contribution suivante à l’élaboration d’une éventuelle charte d’éthique et de déontologie des quotidiens maghrébins :

 

                                                            ***

Canevas de charte proposé :

 

« La vocation de « Notre Journal » est de fournir une information honnête, précise, vérifiée, équilibrée, pluraliste. Les journalistes de « Notre Journal» font leur métier en s’imposant le respect  des règles déontologiques de leur profession inscrites dans les textes de référence qui constituent le socle déontologique de la profession de journaliste, en particulier dans la Charte de Munich de 1971 et le Code de déontologie des journalistes maghrébins de 2013. Ils disposent des moyens nécessaires pour exercer rigoureusement leur mission sociale, collecter et vérifier les informations, indépendamment de toute pression extérieure.

 

« L’indépendance éditoriale de « Notre Journal» à l’égard de ses actionnaires, des annonceurs, des pouvoirs publics, politiques, économiques, idéologiques et religieux est la condition nécessaire d’une information libre et de qualité. Aucun texte ne peut lui être imposé, aucune orientation ne peut lui être dictée par une intervention ou une contrainte extérieure.

 

« Les actionnaires de « Notre Journal » proclament leur attachement à l’indépendance éditoriale de leur journal. Ils garantissent son indépendance économique mais se gardent d’intervenir dans ses choix éditoriaux et son traitement de l’information.

 

« La ligne éditoriale de « Notre Journal », dans sa version papier comme dans sa version en ligne, ne saurait être guidée ni infléchie par les intérêts des annonceurs. Le Directeur de la Rédaction, ou ses délégataires, sont les responsables éditoriaux de la ligne et du contenu de la publication.

 

« A la tête de l’entreprise éditrice il existe un responsable de l’équilibre économique et de la gestion, distinct du responsable des contenus éditoriaux. En aucun cas, l’un de ces deux responsables ne peut prendre de décision ayant un impact sur le domaine de compétences de l’autre sans avoir obtenu l’accord de ce dernier.

 

« A l’intérieur de l’entreprise existe aussi un Comité d’éthique et de déontologie attentif au respect des règles déontologiques dans le traitement de l’information. Il se réunit au moins deux fois par an. Il émet des avis ou des recommandations qui sont communiquées aux intéressés, à la direction de la rédaction et au président de la société éditrice et qui, au besoin, peuvent être publiés à sa demande, par souci de transparence vis-à-vis des lecteurs. En revanche, ce Comité d’éthique n’a pas compétence pour se prononcer sur le contenu d’un article, ni pour prononcer des sanctions à l’encontre des journalistes. Sa composition est concertée entre toutes les parties concernées. »

 

 

 

 

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